Le rêve des mois précédents

____________________

Ici est archivé le rêve que je présente chaque mois dans la rubrique  actualités et liens

Années 2019/2020

____________________


Juillet - - - -  Le bouleau blanc en feu

(Rêve fait par une femme de 50 ans)

    Nous sommes trois filles et voulons rentrer chez nous. La première roule devant dans sa voiture avec moi à ses côtés et la troisième suit dans la sienne. Nous allons trop vite et nous partons au fossé et atterrissons dans une carrière de sable au sol mou. De là où nous sommes, nous voyons la ville et les routes mais comme personne ne nous voit, nous ne pouvons pas appeler au secours. Nous ne pouvons pas remonter et n’avons d’autre choix que de descendre au fond de la carrière pour tenter de s’en aller.
    Curieusement, au beau milieu, il y a un bouleau blanc en feu. En passant près de lui, je vois sur ses rameaux de jeunes pousses vert-tendre. Je suis très étonnée de voir ce spectacle et m’interroge alors que les autres filles veulent se dépêcher de sortir de là pour regagner la terre ferme.
    Puis je vois un géant très doux qui me prend dans ses bras comme un bébé.

 
    Trois filles veulent rentrer à la maison, ce qui veut dire retourner au paradis perdu d'un avant la naissance. Trois dont la rêveuse et deux autres aspects d’elle-même liés à l’anima du père et à l'égo de sa mère (triangulation œdipienne). Des aspects inconscients et routiniers qui contrôlent sa vie et qui l’envoie dans le décor. La carrière de sable évoque un terrain mou ou progresser intérieurement devient difficile. Elle ne peut compter sur aucune aide connue. Les deux autres aspects d’elle-même à qui elle confie sa vie un peu trop facilement n’ont pas envie de s’attarder, elles veulent rejoindre la terre ferme, c’est-à-dire le déjà connu. Cependant, la rêveuse se laisse interroger par l’étrangeté du bouleau en feu. Cette image forte évoque l’épisode de Moïse dans la Bible avec le buisson ardent dans le désert. Dieu parle à Moïse dans le buisson en feu qui ne se consume pas (Exode 3, 1-7).
    Le bouleau, très répandu au nord de l'hémisphère nord, participe du symbole de l'arbre qui est lien entre la terre et le ciel, l'esprit et la matière, le créé et l'incréé. Le feu et les pousses vertes qui ne flambent pas symbolisent aussi deux opposés réunis : le feu et l'eau. L'écorce blanche du bouleau renforce le caractère d'étrangeté et de singularité puisqu'il est le seul arbre à posséder une écorce d'une telle couleur. Avec une quaternité faite de deux conjonctions de deux opposés, il symbolise le Soi, principe créateur de toutes choses et unificateur des contraires.
   La vie de la rêveuse se déroule donc sous le regard et l’amour du Soi. Il l'enseigne à ne pas craindre les sorties brutales de sa zone de confort (les sorties de route) ni de se sentir incertaine puisque le Soi (l'esprit de vérité) est avec elle.
    Oser être soi-même est toujours déroutant et source d'anxiété.
   La dernière scène montre une aspiration démesurée (le géant) à la consolation de l’enfant qu’elle était, qui reprend sous un autre angle la nostalgie du retour à la maison (prénatale) du début du rêve. On peut espérer que par le Soi cette aspiration sera ramenée à sa juste mesure.

____________________


Juin - - - - - -Le masculin bienveillant me sauve des rochers qui me courent après

(Rêve fait par une femme de 50 ans)

    Ce rêve est le troisième d'une série qui engage la rêveuse, que nous appelerons Lise, sur le chemin de l'acquisition d'une âme masculine porteuse d'assurance et de confiance en soi que son père n'a pu lui donner et que l'inconscient tente de lui apporter par la présence dans ses rêves de personnages masculins bienveillants. Lise est une personne à la fois impétueuse et craintive. 

    Dans son enfance, elle voyait avec justesse les manoeuvres de sa mère qui la considérait comme une rivale dans la relation avec son mari. Tous les efforts que l'enfant Lise faisait pour attirer l'attention de son père sur l'attitude injuste de sa mère envers elle se soldait par un échec. Le père prenait le parti de sa femme par crainte de la perdre sans s'aperçevoir qu'il privait sa fille de l'attention qu'elle réclamait pour se sentir aimée et rassurée.
    C'est ainsi qu'elle a refoulé sa capacité de discernement puisque ça la mettait en danger de rejet par son père. Ce conflit entre affirmer sa pertinence ou perdre l'amour du père s'est engrammé dans son inconscient sous forme d'un complexe autonome qui se réactive à chaque fois qu'un affect est touché.
    Toute qualité refoulée s'exprime sous forme de projection. Lise est souvent agacèe par ceux qui prennent la parole pour dire des choses inexactes. Elle est aussi agacée par les personnes qui se conduisent de manière déloyale, elle qui, enfant, avait mis sa vie dans un carcan de loyauté pour ne pas revivre le sentiment de rejet. Ce qui aura une conséquence dans sa vie de femme. Elle cherchera auprès des hommes l'assurance qu'elle ne sera pas rejetée. Et ce sentiment  devenu impérieux aura tendance à rejeter au second plan son besoin d'affirmer ce dont elle est porteuse, son talent. 
     
    Dans le premier rêve de la série, apparaît le personnage de Michel Onfray. Un homme public connu pour son étonnante capacité à apporter la controverse et la supporter quand elle est dirigée contre lui.
   C'est une image rassurante sur laquelle elle peut s'appuyer pour dénoncer les incohérences du monde qui l'agacent profondément. Michel Onfray incarne pour elle une intelligence, une perspicacité et une capacité à encaisser les coups.

    Le second rêve la voit dans une assemblée en train de s'opposer à une femme maire. "Je suis sur le point de m’installer dans ce village. J'ai des convictions écologiques que je veux faire valoir. Alors je me lève, je parle sans avoir préparé devant l'assemblée présidée par la maire. Je suis submergée par l’émotion d’avoir osé prendre la parole et dis qu’elle me trouvera sur son chemin".
    Ce rêve voit Lise oser s'opposer à une autorité féminine devant le monde. Cette affirmation de soi effective est encore difficile et sujette à émotion. Cependant, dans ce rêve, lui viendra en aide une figure masculine solide à l'instar de Michel Onfray, un homme rassurant et bienveillant connu d'elle, un animus qui lui apportera la confiance en soi et en la vie. On verra aussi dans le rêve suivant la présence d'hommes-guides bienveillants qui lui apporteront l'attitude masculine nécessaire à la tranquille affirmation de soi qui lui a fait tant défaut depuis l'enfance.

     Voici le troisième rêve.
    Je vois la mer avec un alignement de galets géants. Je suis avec deux autres filles. Les vagues  jettent des rochers pour nous écraser.
    Nous parvenons en haut de la plage et je vois les rochers se mouvoir par leur propre force. Nous nous réfugions derrière d’anciens rochers tombés-là qui forment un abri. 
   On passera la nuit ici. Les rochers qui nous poursuivent sont de plus en plus grands et tentent de nous enfermer dans notre refuge. Derrière la paroi transparente du refuge de pierres, il y a une habitation et de la lumière. Nous faisons silence pour ne pas être découvertes. Il s’agit de la maison de Karl, un prof d'arts plastiques que j'ai connu quand j'étais étudiante.
    La mer qui monte au-dessus des rochers a interrompu leur projection et nous pouvons dormir. Le lendemain, les rochers de plus en plus gros ont repris leur projection de plus belle le long de la paroi de l’abri formant ainsi un couloir, des grottes.
    Nous nous demandons comment sortir de ce long corridor quand un homme du haut de la falaise nous fait signe de grimper par un petit portail avant qu’il ne soit refermé par les rochers. Nous nous précipitons à la suite de l’homme et derrière nous, nous apercevons des géants qui se lancent à notre poursuite. Ils ont avoir avec les rochers. Mais il faut se hâter de se mettre à l’abri.
    L’homme qui nous a sauvées nous guide vers un souterrain. Un géant roux nous rattrape, je crie mais l’homme nous rassure, nous n’avons rien à craindre et je jette un regard derrière avant de disparaître dans le souterrain. J’y découvre un village où s’est organisée une vie confortable. Nous nous séparons chacun retrouve son foyer. 
    Je révèle le passage entre la maison de Karl, le prof, et le corridor fermé par les rochers. On voyait la lumière derrière la paroi. Ce corridor devient utilisable. Karl décide d’en faire un grenier pour ranger des choses. Les rochers, une fois posés ne bougerons plus. Et on est protégés des agressions extérieures.
    Quelques années plus tard, j’ai la surprise de voir que Karl a fait de l’endroit un musée où sont vendues d’anciennes toiles et des travaux d’élèves. Nous retrouvons d’anciens tableaux que Karl consent à nous rendre. Je retrouve trois de mes dessins majeurs dont une petite gravure. Je suis heureuse de les reprendre.

    Ce rêve met l'accent sur la pierrre, le rocher qui symbolise la durabilité, l'immuabilité, l'indifférence aux humeurs du temps. Ne dit-on pas solide comme un roc ?
 C'est un symbole de transformation majeure de l'âme.  
    Symbolisé par la mer, l'inconscient prend en main l'âme de Lise et veut l'affermir en lui projetant des pierres. Cette solidité qui lui fait défaut, elle en a peur. D'où la fuite. Et plus elle fuit plus les rochers sont gros. La poursuite se calme la nuit. C'est normal puisque la nuit, quand on dort, la mer est haute et recouvre les rochers, l'inconscient recouvre tout y compris la conscience et donc tout sentiment de peur. Et c'est normal qu'elle fuie l'affirmation de soi puisque cette attitude avait fait l'objet d'un rejet du père.
     Mais les rochers ne sont pas seulement dangereux, ils protègent aussi et laissent passer la lumière. Ils forment un corridor, c'est à dire un lieu de passage pour aller d'un endroit à l'autre.    De la peur à l'assurance ? Pas encore. Les rochers abritent et sont corridor-chemin mais peuvent aussi le fermer. Un nouveau danger est à craindre: l'enfermement. Puis apparait le masculin-guide qui va lui permettre de trouver l'issue. Le masculin positif contre le masculin négatif qui dans l'esprit de l'enfant Lise avait pris des proportions gigantesques et terrifiantes (le géant roux).  Puis, c'est la fin de la peur, le retour au calme du village-foyer. Là où on se sent bien et là où se concoivent les choses.
    Le village souterrain, l'abri-corridor en pierres dont on peut sortir et qui peut servir de protection à ses talents (musée des œuvres des élèves de Karl) grâce à Karl, un homme connu d'elle pour sa bienveillance, son assurance, à l'instar des deux autres apparus dans ses deux rêves précédents.
      Si ces choses sont souterraines comme le foyer, le musée (là où se conserve le talent), c'est qu'elle ont besoin d'être cachées au monde afin d'acquérir la solidité suffisante pour être montrées.   
     Que sont les toiles des élèves du prof d'art plastique ? Peindre, dépeindre, n'est-ce pas montrer au monde sa propre vision des choses, l'affirmer tranquillement, sans peur et avec bienveillance ? Et sa petite gravure, une inscription dans la matière, c'est à dire dans la vie réelle, n'est-ce pas marquer les esprits par sa personnalité solide et bienveillante ?

        La personnalité de Lise, me fait penser à celle de l'apôtre Pierre que je commente au  chapitre du Rocher à la page du Symbolisme.

____________________


Mai - - - - - - La fuite du conflit entre flics et voleurs aboutit à la danse

(Rêve fait par une femme de 50 ans)
    Nous sommes trois otages de trois malfaiteurs qui menacent de nous tuer si nous ne participons pas à leur casse.
    Ils partent commettre un vol et nous laissent dans leur repaire, une sorte de casse auto. Nous essayons de mettre au point un plan d’évasion mais je veux emporter des peintures réalisées par moi et le chef des voleurs. C'est compliqué car nous sommes à pied.
    Des flics en civil arrivent. Ils nous prennent pour le reste de la bande. Nous leur expliquons que nous sommes prisonniers et leur demandons de faciliter notre fuite en laissant croire aux malfaiteurs que nous sommes partis pour Sacramento où nous n’irons pas.
   Nous partons dans la campagne en laissant une partie des peintures que je souhaitais emporter à mon grand regret, tandis que les flics restent planqués, à attendre les malfaiteurs. Nous marchons tout le jour et arrivons fatigués aux abords d’un bâtiment désaffecté genre vieilles guinguettes vitrées. Nous entrons pour y passer la nuit mais nous entendons un groupe de trois personnes qui arrive dont l’un fait visiter aux deux autres. Nous nous enfuyons le plus discrètement possible.
    Après une course épuisante, la nuit venue nous arrivons près d'un dancing plein de monde. Nous entrons et j‘enfile une longue robe rouge de tangoEn entrant  mes compagnons disparaissent dans la foule tandis qu’un hidalgo ténébreux à fine moustache et au teint gris s’avance et m’invite. Je danse une seule danse avec lui car il me déplait. Je me rapproche du bar dans une autre salle où se joue un rock magnifique auquel je participe en tapant le rythme sur mes cuisses. Je prends beaucoup de plaisir et reste un moment avant de retourner dans l’autre salle parmi les danseurs à la recherche de mes compagnons

    La fuite dans un rêve est toujours un refoulement d'une partie de soi qui, pourtant, demande à être accueillie. Ici, c'est le conflit lui-même qui est refoulé.
    On voit la rêveuse en proie à un conflit intérieur entre deux parties d'elle-même qui sont radicalement opposées symbolisées par les voleurs d'un côté et les flics de l'autre. 
     Un conflit intérieur est caractérisé par une forte émotion. Elle se produit lorsque qu'on est tenté de faire quelque chose qui nous apparait transgressif et qu'on ne peut s'empêcher de faire sous peine de ne pas exister. Commettre un vol, c'est tenter d'obtenir la satisfaction d'un désir tout en sachant qu'une partie de soi le réprouve. Et la partie de soi qui réprouve, c'est cellle qui souhaite être en paix avec son entourage. Les flics. 
     La réveuse est prise en otage car le conflit est insoluble. Elle veut donc le fuir tout en en emportant des peintures, dont certaines sont du chef des voleurs. Ce  sont ses visions du monde dont une partie est usurpée. Mais ce n'est pas possible, elle doit en laisser.
      La suspicion des flics d'appartenir au groupe des voleurs montre que la réveuse éprouve de la culpabilité à agir comme une usurpatrice. Elle tente de se disculper en détournant l'attention sur Sacramento (ville qui s'est contruite à la faveur de la ruée vers l'or Californien). Ce qui veut dire qu'elle tente de se convaincre qu'elle n'est pas tentée par le désir de possèder. Une astuce pour continuer à  fuir le conflit.
     Elle parvient à un batiment désaffecté. C'est bien le souhait de la rêveuse de ne plus être sous l'empire de ses affects. Mais ça ne marche pas car il y a toujours en elle quelqu'un qui la voit. 
    Ne pouvant pas trouver de solution par la fuite (épuisante) à ce conflit intérieur, celle-ci apparait d'elle même. Le retour dans le monde par la danse. 
   La danse symbolise l'union des opposés en soi (masculin et féminin, voleur et flic) et l'harmonie des contraires, la légèreté, la joie et le mouvement de la vie (robe rouge). 
      Le chiffre trois composé de deux plus un (la rêveuse et deux amis, deux malfaiteurs et un chef, deux visiteurs et un menant la visite) pour rappeler que le conflit, la dualité, se résoud dans un troisième terme, une qualité émergente, un nouveau comportement (ici la danse) qui unit les contraires
  Le rêve montre à la rèveuse qui parfois cède à l'idée nostalgique du couple (le tango) comme un jeu entre la femme sensuelle et l'homme protecteur et macho. Finalement, cette ancienne vision de la vie ne lui convient plus. Un rapport à l'autre et à elle-même, plus moderne, plus vif et plus rythmé lui convient bien mieux. 
   Cette prise de conscience lui permet de retourner dans le monde et d'y chercher ceux qu'elle aime.

   En conclusion, ce rêve montre à la rêveuse, et à tous ceux qui lisent ces propos, qu'un conflit intérieur ne peut pas être réglé par la fuite, ni par l'acceptation d'un seul des contraires. 
   C'est l'épuisement des tentatives et de la force engagée qui permet le lâcher prise nécessaire au surgissement inattendu de la solution : une attitude neuve qui concilie nos désirs contradictoires et qui doit être testée et adaptée, bien entendu.

____________________

Avril - - - - -Le balai volé ou la difficulté de juger de ce qui est bon ou mauvais en soi

(Rêve fait par une femme de 59 ans)
   J’ai un balai tout neuf avec un manche rouge et une brosse noire. J'ai une chambre dans une pension. Je m’absente en laissant la porte ouverte. Quand je reviens, mon balai à disparu. Je trouve à sa place, un balai usé dont le manche est mou. Impossible à utiliser. Je m’en vais à la recherche de mon balai neuf dans les chambres voisines. Sans succés. Je vais fouiller plus loin, mais avant, je retourne dans ma chambre et le balai au manche mou a disparu à son tour. Et là, je décide de fermer ma porte à clé pour qu’on n’y vienne pas pendant mon absence. Mais je n’ai pas la clé. Pour clore la chambre, je pose des attaches pour un cadenas et  je referme la porte. Et je pars investiguer dans le couloir. Je frappe à une porte et un beau jeune homme très maquillé apparait, androgyne et affable. Il me conseille d’aller voir chez son voisin. Je frappe et j’entre chez un vieil Hindou. Sa chambre est sombre et très encombrée. Et là, je reconnais mon balai. Il ne comprend rien à ce que je lui dis, il ne parle pas le français et reste silencieux. Il a du s’en servir parce qu’il est tout abîmé. Je ne comprends pas ce qu’il a fait avec. Et j’entreprends de balayer ma chambre avec efficacité malgré les dommages qu’il a subis.

    Entreprendre de balayer sa chambre, c'est nettoyer son âme, c'est la démarche du chercheur de vérité, celle de l'analysant. Cependant, ne court-t'on pas le risque de jeter le bébé avec l'eau du bain ?
   L'aspect du balai est particulier. Il est rouge et noir. Le rouge est la couleur de la vie, de la passion, le noir celle de l'obscurité. La passion liée à l'obscurité pousse à l'outrance et  à la violence. La rêveuse a une idée qui semble neuve pour elle (balai neuf) : se débarrasser de ce qui lui semble nuire à sa personnalité. Et ça ne marche pas (vol du balai et remplacement par un objet inutilisable). Laisser la porte de sa chambre ouverte, c'est une disposition d'esprit qui montre qu'elle ne sait pas bien juger du bien fondé (elle n'a pas la clé) de ses perceptions du monde. Elle fait des essais en bricolant une fermeture peu adaptée, le cadenas.
     Il y a une différence symbolique entre le cadenas et la clé. La clé privilégie l'ouverture et le cadenas, la fermeture. D'ailleurs, il faut une clé pour ouvrir le cadenas, alors que l'inverse n'est pas vrai. Un cadenas peut se fermer sans clé.
   L'androgyne symbolise l'indifférencié en elle, celui qui ne distingue pas le conscient de l'inconscient, mais il sait qui peut faire cette distinction. C'est le vieil Hindou. Le vieux sage. C'est l'image de Celui qui sait en soi. Notre préfiguration. 
   Le balai est là mais il a servi. Cela veut dire que la rêveuse a déjà usé de cette volonté de nettoyer en elle ce qui lui semble sale. Le balai est chez le Soi signifie que seul le Soi sait ce qu'il faut balayer chez la rêveuse.

    En conclusion, ce rêve montre à la rêveuse, femme passionnée et volontaire, qu'elle ne sait pas encore bien gérer son interiorité, entre ce qu'elle peut laisser entrer et vivre en elle et ce qu'elle doit laisser dehors.
      Et cette volonté de faire place nette en elle qui n'est pas une idée neuve... 
    De plus, seul le Soi peut juger de ce qui est à balayer. Sinon, la rêveuse risque de rejeter une partie d'elle-même qui, mise à sa juste place, lui confèrerait une liberté plus grande. 

____________________


Mars - - - - - L'âme sombre et l'enfant divin

Un rêve de sortie d'un épisode dépressif marqué par l'injonction d'adopter un nouveau comportement.
(fait par Régis à l'âge de 45 ans)
   .
  Je suis à pied, remontant des rives d'un fleuve qui a débordé. J'arrive dans une rue déserte d'un village qui vient de subir une inondation. Le soleil achève de sècher la chaussée. Je suis devant un bar-restaurant et à la terrasse est assise une femme seule. Elle est vétue d'une robe longue grise et noire et d'un chapeau melon. Un accoutrement d'autrefois complètement désuet. C'est une belle femme au visage sans fard, fade et triste. 
   Je passe devant elle sans trop la regarder et j'entre dans le bar. Il est plein de gens qui chantent en chœur "Il est né le divin enfant..." 
   Je me fraye un chemin parmi ces gens pour entrer dans une pièce dédiée au restaurant pleine elle aussi. Je rejoins ma place et nous attendons le passage de la serveuse.
   Elle s'adresse à moi pour prendre la commande en me disant : "Si vous dites ce que vous aimez, vous goûterez à des choses dont vous ne saviez pas que vous aimiez. Mais si vous dites ce que vous n'aimez pas, vous n'aurez rien". 

    C'est un grand rêve. Un rêve dont l'intensité émotionnelle est si forte qu'on s'en souvient sa vie durant et sur lequel on peut prendre appui pour franchir un moment difficile. Je n'avais pas eu besoin de l'interprèter tellement l'évidence m'avait sauté à la figure.  J'étais à une période de ma vie dans laquelle je ne trouvais rien d'intéressant et j'étais dans la plainte et le jugement.
  Je suis dans une négativité dont je sors à peine (la fin de l'inondation). Le soleil brille de nouveau mais je me sens bien fragile encore. La jeune femme aux vétements noirs et gris d'un temps ancien sur la terrasse du café symbolise mon anima négative, mon âme sombre, mes humeurs dépressives. Elle est vraiment belle mais je me dépêche d'entrer dans le café parce que je sens que je pourrais succomber encore aux attraits de sa négativité. 
    L'intérieur du café est vraiment une protection contre mon âme sombre. Je m'y sens hors de sa portée. Les gens chantent avec joie "Il est né le divin enfant".

   L'enfant divin est une figure archétypique qu'on retrouve dans plusieurs religions et mythes. Dans l'hindouisme avec la naissance de Krishna, dans le judaïsme avec celle de Moïse, et dans le christianisme avec la naissance de Jésus. Ces naissances ont en commun le meurtre de tous les enfants nés au même moment par le roi du lieu qui a eu vent d'une naissance divine et qui à peur de se faire détrôner. (Voir l'Evangile de Matthieu 2, 16-18. Hérode et le massacre des St Innocents). 
    Ce mythe décrit une situation psychologique. Le roi symbolise l'égo (le pouvoir du moi adapté au monde) qui ne veut pas se faire détroner par le meilleur de soi. Ce meilleur de nous-même dont nous nous sommes amputé pour nous adapter au monde et que nous réprimons sans cesse dès qu'il tente de venir au jour.
  L'enfant divin, marque par sa naissance miraculeuse le début du chemin de l'individuation. C'est un marqueur important de changement prometteur de  situation psychologique. 
  Le moyen nécessaire à ce renouveau m'est donné par serveuse du restaurant. Sa parole est puissante, efficace et sans appel. C'est une sage femme qui m'accouche d'un comportement bien plus prometteur, ouvert sur la vie. Sa parole criante de vérité m'a tellement touché qu'elle me porte encore aujourd'hui, 26 ans plus tard.

____________________


Février - - - Monsieur Loyal et l'élan mort

(rêve fait par une femme de 46 ans)
    Je vais en famille (père, mère, beau-père...) et avec Léo, un jeune cousin de 14 ans au cinéma-théâtre. J'entraîne Léo avec moi pour nous trouver une meilleure place. Nous parvenons à trouver deux places au premier rang du balcon. Mais nous voyons l'écran de travers. Je l'entraîne donc au rez-de chaussée et je trouve difficilement deux places à l'arrière et un peu sur le côté.  
     Un homme déguisé en monsieur Loyal annonce le spectacle. C'est d'abord un documentaire sur les ports auquel je ne trouve aucun intérêt. Puis, il présente un film sur les élans. Il dit qu'ils sont dangereux pour les enfants. La dernière scène du film est un élan mort pendu par les pattes liées entre elles. Il dit en riant qu'ainsi il ne peut plus faire peur.

   Pour interprèter ce rêve, il convient d'interroger la rêveuse sur les rapports qu'elle entrenait enfant avec chacun des membres de sa famille. Elle raconte que ses parents ont divorcé tôt. Chacun a refait un couple de son côté sans qu'elle puisse y retrouver une place. Elle se sentait abandonnée, voire rejetée. Mais pour tenter quand même de capter un peu de reconnaissance, elle s'est obligée à être la plus loyale possible envers ses parents. Monsieur Loyal incarne ici ce comportement. Le jeune Léo incarne, l'inverse. Il osait tout. Il représente la partie refoulée de la rêveuse. 
   Pour trouver une meilleure place dans la vie, elle prend Léo par la main. Ainsi le côté ose-tout de Léo compense sa trop grande loyauté. En acceptant de prendre en main son côté ose-tout refoulé, le rêve montre qu'elle peut parvenir après des essais à trouver sa place. 
   Le film projeté (la projection du comportement inconcient de la rêveuse mis à l'écran) répète sous un autre angle comment elle s'est coupée d'elle-même pour ne pas risquer le désamour de ses parents. Les ports sont des abris contre le mauvais temps. Ininterressants pour elle puisqu'ils représentent l'évitement des conflits. Or la rêveuse tient précisément à affronter ses mauvais temps.
   Puis vient la séquence sur les élans. L'élan est le plus grand des cervidés. A l'instar du cerf, roi de la forêt, il représente le père et comme lui, il représente la loi. Mais son nom élan désigne aussi l'élan affectif si important pour se sentir aimé quand il est accueilli.

   Les élans sont-ils dangereux pour les enfants ? Oui, quand ils ne sont pas reçus. Quand le père ou la mère se refuse à cet accueil par peur d'éveiller la jalousie chez leur conjoint (ou pour toute autre sorte de peur), l'enfant frustré protège son parent en s'attribuant la faute qui est, ici, celle de risquer de provoquer la zizanie parmi les couples recomposés. Et pour ne plus revivre cette situation, il s'interdira ensuite tout élan.
     D'ou l'élan mort dans le rêve. 

   L'élan mort est représenté pendu par les pattes. Là, il ne s'agit plus de la mort de l'élan affectif, mais celle de la crainte de la transgression de la loi qui avait obligé la rêveuse à se conformer à un comportement loyal intenable. En fait, l'élan affectif n'est pas mort. Il n'est simplement pas actif. C'est le rire de Monsieur Loyal qui le montre et réhabilite ce qu'on croyait perdu et par là dédramatise la situation.
    La rêveuse a en tête à présent, la manière dont son traumatisme d'enfance s'est mis en place et qui se répète cycliquement dans sa vie d'adulte en l'empêchant d'accéder au meilleur d'elle-même.

   L'enseignement de ce rêve est clair. Cependant, un tel rêve demande un déchiffrement précis. Devant des symboles à double signification, et plus parfois, on peut avoir un gênant sentiment d'ambiguïté qui nous pousse à laisser tomber ou à s'en tenir à une interprétation superficielle ou unilatérale. Il faut résister à la tentation de cette facilité et visiter toutes les significations. Ensuite on cherche à voir comment elles peuvent tenir ensemble pour produire un sens suffisament puissant pour emporter la conviction de la rêveuse.

____________________


Janv 2020 - -Prendre sa place est dangereux suivi de Photographier un raz-de-marée

(Deux rêves fait la même nuit par une femme de 45 ans)
     Je suis en train de restaurer des grilles extérieures de la demeure où j'habite avec un homme.
    Puis, c'est une scène de rue avec un climat tendu. Je suis en train de garer ma voiture le long d'un trottoir. Une fois ma manoeuvre terminée, je m'aperçois que je suis trop loin du trottoir. Je refais ma manoeuvre. Je suis à présent près du trottoir mais je heurte la voiture de devant pleine de femmes. Des hommes armés passent sur le trottoir et regardent les femmes à l'intérieur qui sont armées elles aussi. Les femmes tirent sur les hommes et se font tuer en retour. Sauf une femme hindoue avec l'œil peint sur le front qui n'est pas armée. Elle est assise pieds nus et fait des gestes très doux.
    La scène change. Je suis devant la grille que je restaure. Je me sens responsable de la mort des femmes dans la voiture. Parce que je ne suis pas intervenue par peur de ne pas survivre au conflit.
   Je rentre dans la demeure parce que je ne souhaite pas y rester. Je monte à l'étage pour faire mes bagages. Je croise mon compagnon. Je lui dis que je pars. Il me fait alors l'amour dans les escaliers.

     La demeure est la variante bourgeoise et aisée de la maison. Elle représente la personnalité riche de la rêveuse qu'elle défend et protège par des grilles sans cesse entretenues. 
    Garer sa voiture, c'est prendre sa place dans la vie et dans la société. Quand d'ordinaire elle prend sa place, elle sent bien qu'elle est trop éloignée des choses et souhaite donc se rapprocher. Mais voilà, prendre sa place, c'est risquer d'entrer en conflit avec ceux qui sont déjà là. Et l'inévitable survient sous la forme d'une fusillade entre hommes et femmes.
   Le passé traumatique de la rêveuse resurgit là, intact. Elle dit : "Dans mon enfance, mes parents se querellaient souvent. L'un me prenait à parti pour soutenir sa thèse contre l'autre. Et bien que je comprenne l'un, j'étais terrifiée à l'idée de mettre en danger l'autre, que je comprenais aussi."
   De ce traumatisme d'enfance, qui se réactive à chaque tentative d'affirmation de soi, il en reste une culpabilité de ne pouvoir résoudre le conflit et une volonté de se préserver derrière un système de défense sans cesse entretenu.
  La scène d'amour dans l'escalier montre que, pour elle, l'union des attitudes opposées (protection ou affirmation de sa différence) ne peut se faire que de manière furtive, dans un entre-deux (étages) lorsqu'elle est en train de fuir. 
   Cependant, il reste un personnage qui laisse entrevoir une solution quand le traumatisme d'enfance se rejoue. La femme hindoue. Elle a le " troisième œil " peint sur son front. C'est le troisième regard, celui qui concilie en soi les opposés qui se combattent, il symbolise la connaissance de soi. Elle a les gestes doux et n'est pas armée. 
    La connaissance de soi. La rêveuse connaît son histoire traumatique. Fourbir des défenses actives (armes) ou passives (grilles) ne sert de rien. Tenter d'intervenir dans un conflit de quelque manière que ce soit est voué à l'échec. Le secret est la non-intervention, le désarmement et la douceur. 
   En vrai dans un moment solitaire d'introspection, il est important de revivre la scène d'enfance traumatique avec toutes ses émotions, les observer pour se dégager du problème qui n'est pas celui de la rêveuse mais seulement celui de ses parents et de dire ensuite : " Je m'affirme tranquilement et prend ma place sans craindre le conflit qui ne m'appartient pas. Mes parents, ce conflit-là, c'est le vôtre, je vous le remets ! "
    Un autre rêve est venu à la rêveuse dans la même nuit. 

Photographier un raz-de-marée. 

  Je suis en voyage en Ecosse avec d'autres personnes inconnues. Il y a des lumières magnifiques. Je suis à la réception d'un hôtel et je regarde par la fenêtre. Le ciel se couvre, un orage se prépare avec des lumières fabuleuses. Je sors pour accèder à un ponton en bois et prendre des photos. Il pleut à verse et mon appareil n'est pas protégé. Des gens présents me disent que je vais le bousiller, l'objectif étant déjà mouillé. Je réponds qu'il est costaud et je prends un chiffon pour essuyer l'objectif, puis je prends des photos.
    La scène suivante me voit me promenant le long d'un chenal, sur ma gauche, qui conduit à la mer. la vue est agréable et je ralentis. Des personnes me disent de ne pas rester là à cause du mascaret. mais moi, je reste parce que j'ai envie de photographier l'instant insolite. 
  Le mascaret commence. Il vient du fond, c'est un raz-de-marée. D'énormes masses d'eau remontent, des personnes fuient. J'estime la distance et la vitesse de progression du mascaret et me positionne au bord du chenal à mi-distance. Je prévois de reculer étape par étape. Je prends des photos et cavale en arrière au point suivant pour rephotographier la scène. Arrivée là, je vois que le chenal remonte sur les bords. Il va falloir que je fasse attention à partir dans une direction bien précise parce que l'eau risque, au retour de vague, de me prendre sur le côté.
    C'est ce qui se passe, mais je me suis mise hors d'atteinte, dans un endroit sûr.

     L'Ecosse est le pays des fantômes, des ciels bas, du vent sur la lande et des pluies. Le paysage mystérieux se prète donc à une irruption de l'inconscient. Photographier un raz-de-marée, c'est observer l'envahissement de la psyché par les émotions. Le rêve met en situation la rêveuse de faire face à ses émotions qui menacent de la submerger. Il lui fait voir qu'elle en est capable grâce à son sens pratique, sa curiosité et son don d'observation. Il lui dit de ne pas écouter le bon sens commun qui est de se garder de telles émotions.

   Ce rêve est la bien la réponse l'angoisse du conflit qui la saisit dès qu'elle veut prendre sa place. Elle n'évitera pas les émotions. Mais elle sait désormais qu'en les observant avec attention et curiosité, elle évitera d'être submergée. Elle acquerra  ainsi la connaissance de soi qui libère de la peur et que symbolise le troisième oeil de la femme hindoue.

     Il reste à cette femme à passer de l'enseignement du rêve à la pratique dans le quotidien.

____________________


Déc 2019 - - Le bidon de peinture jaune ou le rêve d'un intellectuel qui s'ignorait

     Il fait partie de ce qu'on appelle les rêves fondateurs ou grands rêves. Un de ces rêves dont on se souvient toute sa vie. Un rêve de Tâche.
    Je vois une verrière immense mais mal foutue. C'est très lumineux mais ça risque de s'effondrer. 
     Puis, je suis au travail dans un bâtiment très solide, un bunker en béton dont les fenêtres sont cachées par des murs qui ne permettent pas de voir dehors. Ils laissent entrer la lumière uniquement sur les côtés. J'aménage l'intérieur de manière à profiter et à faire profiter les gens de la moindre luminosité. Aussi, j'ai conçu un plancher de verre ainsi que des cloisons également en verre épais et solide.
     L'image suivante me voit travaillant sur une table lumineuse qui s'éteint. On me chasse en me donnant un gros bidon de peinture jaune. Je me retrouve sur un quai de gare avec mon bidon et j'attends le train pour rentrer chez moi, il est 14 heures.
       On me propose un train rapide et direct ou bien un train sur pneumatiques qui musarde et serpente sur la route de manière à visiter chaque ville. Le conducteur du train est un guide touristique qui en commente l'histoire.
    Je me retouve donc dans un compartiment de ce train culturel en compagnie d'érudits. Il y a Guy Paré, un type délicieux, que j'ai connu au collège. C'était un gars brillant, premier de la classe, avec un caractère joyeux et simple. Il venait d'un milieu pauvre élevé par une mère veuve et sans ressources. Je sens l'amour que j'ai pour lui et lui pour moi. Et parmi d'autres érudits, il y a maître Capello, l'animateur de jeux de mots télévisés des années 70. 
     Je me sens bien avec ces gens dans ce train. Je suis reconnu par eux et aimé. Je me sens à ma place. Je suis l'un d'entre eux.
     Quand le rêve prend fin, je suis dans la ville où j'habite et je me rend chez des gens qui m'accueillent. J'y dépose mon bidon de peinture jaune, il est midi. Comment se fait-il que je sois à l'heure alors que je suis parti avec deux heures de retard ?
    Je me réveille avec un grand sentiment de joie et de reconnaissance pour ce que je viens de vivre en rêve.
    Ce rêve m'a été confié il y a une vingtaine d'années par Jacques, un homme de quarante ans qui exerçait un métier d'exécution qui ne le satisfaisait pas. Malgré une passion pour les mots, les livres, et le savoir, il avait été en échec scolaire. Dans son travail, il ne se sentait jamais à la hauteur de ce qui lui était demandé et il en souffrait beaucoup.
   Suite à ce rêve, Jacques a été rétabli dans vraie nature d'intellectuel. Passionné par la langue française, il s'est mis à écrire des livres. Non, il n'a pas été publié, mais l'exercice de l'écriture lui a redonné confiance. Plus sûr de lui et de ses connaissances, il n'a plus craint d'être intrusif lorsqu'il se permettait d'intervenir avec son savoir dans une conversation. 

    Ce rêve est riche en symboles. Essayons de voir ce qu'il dit.
    La première image met en comparaison deux façons de gérer la lumière, c'est à dire ce qui est lumineux chez Jacques. Il avait opté pour le solide protégé et moins lumineux, par crainte du rejet plutôt que le clair et fragile. Il s'agit de son travail, sa Tâche, son service unique qui est d'apporter la lumière. C'est à dire, la connaissance des choses et leur compréhension. Cette Tâche est symbolisée par le bidon de peinture jaune qui lui est remis.
    Il s'agit aussi de son travail quotidien, son boulot dans lequel il s'étiole malgré les efforts pour le rendre intéressant. Le rêve lui signifie par l'extinction de la table lumineuse et sa mise à pieds qu'il doit cesser cette ancienne attitude de complexé qui le dessert. Il doit rentrer chez lui, dans sa vraie nature. Le train rapide ne s'y prète pas. L'autre train, plus souple, plus mobile permet le musardage culturel. Loin d'être un dilettantisme, comme il l'a toujours considéré, il est invité à le voir comme une vocation, un service à rendre. 
   Le train signifie la vie collective. Il s'agit donc de sa place dans la société qui est d'être parmi les érudits, tout en restant simple et à la portée des gens ordinaires. C'est ce que montre la fin du rêve. Jacques réconcilié avec lui-même se met au service des gens simples. C'est par son rayonnement naturel que la compréhension des choses, le savoir qui l'épanouit va en épanouir d'autres. C'est le sens du bidon de peinture jaune qu'il apporte.

     Le jaune est couleur solaire. Peu importe l'heure tardive du départ, quand on est dans sa vocation on est partout à l'heure, celle du rayonnement, de la clarté maximum. Elle a lieu chaque jour à midi.     

____________________


Novembre - L'information sur autrui par le rêve

    Bien souvent, les personnages du rêve mettent l'accent sur différents aspects du rêveur lui-même. On dit alors que l'interprétation se fait sur le plan du sujet. Cependant, il arrive parfois que les personnages incarnent vraiment d'autres personnes que le rêveur. On dit alors que l'interprètation se fait sur le plan de l'objet..
    Voici deux rêves faits par un homme de 57 ans à des époques différentes de sa vie et qui lui révèlent le comportement d'une autre personne que lui-même.

   Je suis à Paris pour une manifestation avec Robert. Il a un scooter avec des roues trop petites, qui pète du feu par le pot d’échappement. Il me dit que j’ai oublié d’apporter le dessert qui aurait dû être une glace à la fraise. J’ai un doute car je ne me souviens pas d’avoir pris cet engagement. Je reviens à la voiture pour voir si une glace s’y trouve. Non, elle n'y est pas.

     Robert et le rêveur ont une passion commune, le voyage. La manifestation regroupe tous ceux qui partagent cette passion. Le rêveur voit en son ami Robert un homme solide sur lequel on peut compter et un homme qui fait son chemin sans dépendre de quiconque. Mais le rêve n'est pas d'accord avec ce point de vue. Cet homme est certes plein d'énergie, il pète le feu, mais ses possibilités d'aller dans la vie sont réduites, ce sont les petites roues du scooter.
   Le rêve dit aussi au rêveur qu'il doit toujours apporter à Robert de quoi le satisfaire agréablement (la glace aux fraises),  sinon il renoncera à la relation. 
     Prévenu, le rêveur a pu vérifier par la suite la pertinence du rêve. En effet, son ami Robert s'est détaché de lui pour rejoindre un petit groupe de voyageurs qu'il suit et dont il dépend.

     Je vois Chantal de l’autre côté de la rue. Elle s’agite follette et danse autour de son compagnon avant qu'il ne parte au travail. Elle est vétue d'une courte jupe plissée et porte des chaussettes blanches qui lui montent jusqu'au jarret. 

    Chantal a quitté le rêveur, qui était amoureux d'elle, pour un autre en le laissant avec un profond chagrin. Mais après tout, il se dit que si elle aime sincèrement cet homme, c'est  peut-être mieux ainsi.
      Comme le rêve précédent, celui-ci n'est pas d'accord avec la pensée du rêveur. Il dit que l'amour que porte Chantal à son compagnon est immature. Ce qui veut peut-être dire que l'amour qu'elle portait au rêveur pendant leur relation était tout aussi immature.

    Ce type de rêve surprend. Il est là pour rectifier une croyance personnelle érronée. Il nous apprend à prendre conscience que nos perceptions si convaincantes soit-elles ne sont pas forcément justes.

____________________


Octobre - - Le chemin de l'affirmation de soi dans le rêve

    Voici deux rêves faits par deux personnes différentes, un homme de 63 ans et une femme de 45 ans qui présentent la prise de position ou la non-prise de position dans le rêve, c'est-à-dire la question de l'affirmation de soi face à ses propres forces psychiques (affects). 

L'homme de 63 ans :
   Je rencontre inopinément une femme que j'ai aimée profondément et dont le départ sans raison m'avait durement affecté. Elle ne peut plus me fuir et accepte la rencontre. Je me retrouve avec elle dans un petit groupe constitué de ses amies qui ne me connaissent pas et qui ne l'ont connue qu'après le début de ses activités artistiques. 
  Elle sait qu'elle ne peut plus fuir sa responsabilité dans son départ de notre relation amoureuse et essaie une dernière fois de me reprocher ma conduite pour se disculper ou atténuer sa responsabilité. Elle dit que si elle m'a trompé, je l'ai trompée moi aussi puisque j'ai connu des femmes après elle. Autrement dit, j'aurais du être fidèle à mon amour pour elle, sans elle (on voit ici une injonction paradoxale à l'œuvre). Il y a là une torsion de la vérité qui consiste à accuser l'autre pour se disculper.  
  Ses amies sont en admiration devant l'artiste qu'elle est. Je dis : " Cette femme que j'aime est une manipulatrice. Sa puissance et son rayonnement n'existe que par le crédit que vous lui accordez. C'est moi qui lui ai révélé patiemment ses talents, vous ne le saviez pas ? " 
    
    Ce rêve prend dans l'histoire de cet homme des images affectives fortes de son passé pour mettre en scène le difficile travail d'affirmation de soi face aux autres auquel on renonce bien souvent par peur de blesser, peur de déplaire, peur de passer pour un outrecuidant, peur d'être rejeté. Le réveur ici s'affirme. En étant à la fois aimant et lucide, il déjoue les pièges de sa propre anima que représente cette femme aimée et versatile. C'est l'accusatrice en lui qui lui fait souvent endosser des responsabilités qui ne lui appartiennent pas. 

La femme de 45 ans : 
    Je suis avec un homme, un prof, que j'ai aimé éperdument lorsque j'étais étudiante. Il est marié à une jolie femme. Elle est sympathique et je pourrais être son amie. 
     J'ai envie de lui et nous partons sur le bord de la mer pour chercher un endroit intime et retiré pour ne pas qu'on nous voie. Je suis nue et nous faisons l'amour. Puis il me laisse pour rentrer chez sa femme. Je ne retrouve pas mes vêtements.  La mer a monté et je ne puis retouner chez moi par ce chemin, je ne sais pas nager. L'autre solution est de remonter la plage et de traverser un village. Mais ce n'est pas possible car, étant nue, on va me voir et je vais me faire arrèter par la police.

    Comme dans le rêve précédent, ce rêve prend dans l'histoire de cette femme des images affectives fortes pour mettre en scène le difficile travail d'affirmation de soi. Mais contrairement à  l'homme du rêve précédent qui s'oppose à son anima en révèlant ses roueries, cette femme ne s'oppose pas au départ de l'homme aimé, son animus. Il lui impose sa double vie et la confine à un rôle secondaire d'amante. 
    Nous voyons dans ce rêve comment elle concède à cet animus une part d'elle-même. D'abord en trouvant son épouse jolie et aimable (donc, je ne peux pas lui faire de mal), ensuite en se dépouillant de ses vêtements (l'élan amoureux lui faisant perdre toute notion de protection) puis en acceptant de jouer le rôle de l'amante qui sera toujours dans l'attente du bon vouloir de son amoureux. 
      La conséquence d'une telle attitude est qu'elle refoulera ce désarroi dans son inconscient (la mer haute, infranchissable sans risquer de se noyer) ou bien qu'elle en concevra de la honte de s'être livrée sans protection et de s'être fait duper par son attente amoureuse. 
   Cependant, comme aucune des solutions de retour chez soi n'est possible sans dégats (régression psychologique), il n'y a qu'une solution, c'est d'observer combien la même situation engrammée dans l'enfance se répète. Puis de voir la duplicité de l'animus qui est en elle et qui lui fait accepter des conditions d'infériorité et de revendiquer sa place dans toute relation quitte à déplaire ou oser dépasser son propre sentiment de rejet. 

    L'anima et l'animus sont des puissances de conviction. Elles sont nourries par notre reniement inconscient de soi fait dans l'enfance, ce reniement qui nous a permis de nous adapter à nos parents pour ne pas nous sentir rejetés.

     L'affirmation de soi passe d'abord par la reconaissance que c'est nous-même qui cédons à nos propres peurs, puis par une prise de position calme mais déterminée contre ce qui n'est pas juste. 

   Dans l'exposé de ces deux rêves nous avons vu que cet homme est plus avancé que cette femme. Il expérimente déjà dans sa vie l'opposition calme et constructive.
    A cette femme, il est montré son manque de positionnement ou de quant-à-soi. C'est déjà un gros progrès (elle n'est plus le jouet de ses peurs). Nous nous attendons à voir dans ses prochains rêves, les effets de son positionnement quel qu'il soit et les rectifications éventuelles à apporter. 

____________________


Septembre -Rêve de manque d'un ticket de parking 

(fait par une femme de 58 ans)

   Je vais me garer sur un parking en extérieur ainsi que mes deux copines, chacune avec sa voiture. Quand je veux sortir, je m'aperçois que c'est impossible car je n'ai pas le ticket de caisse. Par contre, mes copines l'ont. Elles ont pu le passer dans la machine pour sortir. J'essaie de trouver une solution. Je vois deux types en train de désosser ma voiture. Je leur dis qu'ils ne sont pas gênés ! Ils répliquent qu'ils ont des ordres. De qui? Je trouve une facture avec le nom du responsable du parking. Je l'appelle au téléphone, sa secrétaire me répond qu'il est occupé et donc pas disponible. Je suis tellement en colère que la secrétaire me dit d'attendre qu'elle essaie à nouveau. J'attends longtemps, en vain. Je raccroche et veux appeler la police.

   C'est le quatrième rêve de la même réveuse des quatre mois précédents. Ce rêve-ci continue la série de son rapport au collectif. 
    Au volant de sa voiture, elle conduit sa propre vie. Elle souhaite suspendre cette conduite (garer sa voiture) pour la reprendre plus tard. Cependant, ça ne marche pas. Elle se retouve prisonnière d'un fonctionnement collectif qu'elle ne comprend pas.
    Quand on la questionne sur le rapport qu'elle entretient dans la vie avec l'ordre des choses, elle invoque une fréquente déconvenue. Elle dit souvent : "Ca devrait marcher, je ne comprends pas pourquoi ça ne marche pas!" Elle est souvent dans l'attente que les choses viennent à elle sans qu'elle ait à intervenir
    La déconvenue est renforcée par son côté obtus illustré par les copines. "Si ça marche pour mes copines, ça devrait marcher pour moi!" Seulement, à la différence des copines, elle ne veut pas considérer que les choses puissent ne pas fonctionner.
   Tant qu'elle ne prendra pas en compte le fait qu'elle veut toujours que les choses soient comme elle veut qu'elles soient au lieu de les prendre comme elles sont, le moyen de conduire sa vie sera toujours déstructuré (désossé). Et invoquer un ordre supérieur de contrainte (la police) n'y changera rien sauf à penser qu'elle agravera et multiplira probablement ses déconvenues.

____________________


Aout- - - - - Rêve de trahison du petit chien blanc

(fait par une femme de 58 ans)

   Je suis invitée à une réunion de collègues. On me verse un whisky. Je dis que j'en ai trop. J'en renverse, par maladresse, sur la tête d'un invité et lui demande aussitôt de me donner sa veste pour la nettoyer. Je sors donc pour ce faire mais ne trouve plus la veste. Je suis navrée de l'avoir perdue. 
   Je vois Pascaline parler avec des gens mais elle ne me voit pas ou elle fait semblant de ne pas me voir, l'incertitude me trouble.
   Il y a un petit chien blanc, très mignon et joyeux qui me fait fête. J'ai l'impression qu'il me parle. Il saute dans mes bras et dit qu'il veut que je le prenne avec moi car son maître le bat. Je ne sais comment faire. Comme il appartient à son maître, je ne peux pas le prendre et j'en suis désolée. Je lui dis que je viendrai le voir. Je me sens perdue comme si je ne savais pas m'orienter.
   Une grande et belle femme vient à mon aide. Sur un papier, elle écrit mon âge "33 ans". Je lui dit que je n'ai pas cet âge et que je sais où j'habite mais je n'ai plus mes papiers ni d'argent pour rentrer chez moi. Je fouille dans ma poche et trouve un petit porte-monnaie avec juste quelques pièces et lui dit que c'est suffisant pour payer mon bus et rentrer à la maison. 

    La rêveuse est la personne qui a fait les deux rêves des deux mois précédents. Celui de la chorale et celui de la robe multicolore. Ce rêve-ci reprend sa problématique sous un autre angle. Celui d'un conflit de devoir. 
  La première scène montre le comportement de la réveuse dans ses relations sociales convenues et la manière dont elle s'y conforme (rappelons nous le rêve de la chorale dans lequel elle ne veut pas se distinguer ( voir ici... ). Le whisky symbolise l'eau de vie liée à ce mileu dans lequel chacun joue un rôle. Elle en a trop. Trop d'adaptation et de reniement de sa personne au profit du groupe. Le rêve lui montre que cette voie aboutit à la catastropphe. Cette conformation la fait chuter et son désir de ne pas se distinguer du groupe atteint son point de retournement. La réparation de son erreur n'est pas possible parce que ce type de comportement ne fonctionne pas du tout (perte de la veste).  
    Pascaline est une amie de la rêveuse. A l'interroger, nous apprenons qu'elle est bourrue et sans détour. Elle ose dire aux gens ce qu'elle pense d'eux. Elle est tout ce que la rêveuse n'est pas. Celle-ci aimerait être comme Pascaline. Mais elle attend que cette qualité soit efficiente par elle-même, qu'elle vienne de l'extérieur. C'est pourquoi Pascaline ne fait pas attention à elle. La rêveuse ne sait pas encore que c'est à elle d'agir par elle-même et ce non-savoir sème le trouble en elle. 
  La deuxième scène montre un petit chien blanc qui lui fait fête. Il représente son instinct joyeux, spontané et candide réprimé par de mauvais maîtres (elle-même bien-sûr). La réveuse va refuser d'accueillir cet instinct par souci de respect de l'ordre établi. Et comme elle sait au fond d'elle même qu'elle trahit ce petit chien, tiraillée dans un conflit de devoir entre "ordre et justice" et n'osant trancher, elle s'en sort par une pirouette en disant "je viendrai te voir".  Interrogée sur la transposition de ce serment dans le réel, la rêveuse dit qu'elle s'oblige à tenir ce type d'engagement par devoir tout en ressentant un malaise à chaque fois qu'elle s'en acquitte. Elle perçoit que sa solution ne marche pas et se sent perdue, comme incapable de s'orienter. 
   Dans la troisième et dernière scène, on voit se profiler une réponse au désarroi de la rêveuse. L'aveu sincère de l'incapacité à trouver une solution au conflit intérieur provoque l'intervention de l'inconscient, (l'ange ou l'esprit saint en langage religieux). Il apparaît sous la forme d'une belle femme qui écrit l'âge de la rêveuse sur un papier. 33 ans. Il ne s'agit pas de son âge réel mais de son âge symbolique. Le chiffre 33 représente la réorientation que réclame sa situation. 33 ans c'est l'âge du Christ lorsqu'il accomplit sa destinée en mourant sur la croix pour racheter les pêchés du monde. Il s'agit de transformer un mal qui fait souffrir en bien qui libère. La solution n'est pas immédiate et définitive. C'est un chemin de retour à soi avec peu de moyen (quelques pièces au fond d'un porte-monnaie) qu'elle ne croyait pas avoir mais qu'elle découvre en elle. Et c'est largement suffisant. Un retour à soi par le biais du collectif (le bus)

____________________


Juillet - - - Rêve d'une robe qui se dérobe

(fait par une femme de 58 ans)

    Je suis dans un magasin en train d'essayer une robe noire avec des motifs vivement colorés. Elle me plaît et elle est à ma taille. Je suis venue avec une amie et je vais lui demander son avis. Quand je reviens dans le rayon pour lui montrer la robe, elle a disparu. Je fouille donc le rayon et ne trouve plus le modèle à ma taille. J'essaie une taille en dessous mais c'est bien trop petit. Je suis déçue. 

    La robe comme tout vêtement est ce qui se donne à voir de la personne dans une relation. Dans le rêve, contrairement au proverbe bien connu "l'habit ne fait pas le moine" , l'habit reflète bien la personnalité de la rêveuse. 
    Rien de mieux qu'un fond noir pour mettre en valeur la variété et la densité des couleurs. Elles représentent la personnalité riche et chatoyante de la réveuse. Cependant, quand elle demande avis à une autre personne, elle perd cette personnalité qui se retrouve ainsi réduite et étriquée.
  Ce rêve intervient dans la cure au moment où la réveuse perçoit qu'elle ne peut pas s'empêcher de demander l'assentiment d'autrui à chaque fois qu'elle affirme quelque chose. Elle ponctue chacune de ses phrases par une question du genre : " Il fait beau aujourd'hui, hein?" ce qui a pour conséquence d'agacer son entourage. Elle se fait donc rembarrer et s'en trouve blessée.
    Le rêve lui montre que ses choix et ses affirmations sont riches et pertinents. Ils se suffisent à eux-mêmes. C'est en demandant l'avis d'autrui, qu'elle donne une image étriquée d'elle-même.

____________________


Juin- - - - - - Rêve de peur de faire  tache dans la chorale du village

(fait par une femme de 58 ans)

    Je suis dans la salle des fêtes de mon village. Je m’aperçois que ma chorale doit monter sur scène. Je n’avais pas été prévenue. Ils me disent d’aller chanter avec eux. Mais ils sont dans leur costume de scène, pantalon noir et teeshirt de couleur, moi j’ai une robe courte de couleur saumon, je vais faire tache. Je me contente  donc de regarder le spectacle.
    Je vois une jolie petite fille blonde âgée de trois ans. Sa mère vient vers elle. Je lui demande son âge, elle répond : 15 ans.  Elle l’a donc eue à 12 ans (fin du rêve).
    Je fais le lien avec mon histoire. A l’âge de 12 ans, j’ai entendu mon père crier dans la cuisine. J'étais à l’étage, allongée dans un grand lit avec ma soeur de 25 ans, quand elle m'a dit : « Tu sais, il ne faut pas faire de mal à Papa ». Mon père était en colère parce que mon autre sœur était enceinte avant d’être mariée. J'étais terrorisée à l'idée que j'avais moi-aussi la possibilité de faire du mal à Papa. Il ne faut pas que ça arrive à moi. Il faut que je me conforme à ce qui est voulu.
     C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, je suis reprise par la peur du qu'en-dira-t-on lorsque l'un de mes proches ne se comporte pas "comme-tout-le-monde". 

   Le rêve emprunte un élément de la vie ordinaire de la rêveuse pour bâtir son récit : la chorale du village à laquelle elle participe activement. Elle représente n'importe quel groupe dans lequel il n'y a pas de voix discordante.
    Alors que le groupe lui demande de participer même si elle est habillée d'une manière qui la différencie de celui-ci, elle refuse par peur de se faire remarquer. C'est la peur du qu'en dira-t-on, peur de sortir du lot, peur de ne pas être "comme tout le monde". 
    Dans la vie familiale, cette peur se trouve projetée sur ses enfants et sur son mari sous forme de reproches quand ceux-ci ne se comportent pas "comme il faut". C'est une réactivation d'une détresse enfantine qui a eu lieu probablement à l'âge de trois ans avec un sérieux rappel à l'age de douze ans. Elle s'interdira dorénavant (et interdira à ses proches) de sortir du lot des convenances admises par le clan familial dont le père était le gardien. 
     Le rêve incite donc la rêveuse à sortir de ce carcan de la peur du qu'en-dira-t-on qui impacte sa vie avec la belle figure blonde de la jolie petite fille de trois ans, fruit aimable et joyeux de la désobéissance au conformisme familial. 

____________________


Mai - - - - - - Rêve de meurtre et poursuite dans un cinéma 

(fait par une femme de 46 ans, célibataire)

    "Je suis témoin d'un meurtre perpétré par un policier. Il s'en aperçoit et se lance à ma poursuite pour me tuer. Avec deux amies (sans visage connu), je me réfugie dans un cinéma désaffecté. Il y a une femme guide qui le fait visiter selon un parcours labyrinthique. Alors que je me crois sauvée, l'homme me saisit pour me tuer. Je suis nue et empalée sur un croc qui me transperce depuis l'abdommen jusqu'au coeur."

   Ce rêve montre, comme dans tous les rêves où le sujet est poursuivi, un  refus, et une peur, d'accepter une partie essentielle de soi-même. L'image qui me vient est celle du chien à qui on a attaché une casserole à la queue. Plus il court pour fuir le bruit engendré, plus celui-ci augmente. Une seule solution : arrèter de fuir. 
   Il s'agit d'une répétition d'un traumatisme ancien. La patiente a été témoin dans sa prime enfance d'une scène qu'elle n'aurait pas du voir. Elle a perçu une honte refoulée d'un de ses parents et pense que le fait d'en avoir été témoin la met en danger de rejet, donc de mort. C'est tellement insupportable qu'elle n'osera plus exercer sa vision juste par peur du rejet. Et ça la fera souffrir sa vie durant.
   Le meurtre, c'est celui qu'on inflige à la meilleure partie de soi-même. Et le policier représente le carcan de loyauté dans lequel la réveuse s'est mise pour tenter de ne plus revivre son traumatisme initial (Papa, Maman, je serai tellement loyale envers vous que vous n'aurez plus à craindre de moi). Le cinéma repésente la projection de ce carcan de loyauté devenu inconscient et qu'elle projète sur le quidam qui se trouve là. Autrement dit, pour se protéger du rejet, elle impose son exigence de loyauté.
   Le cinéma désaffecté, c'est le mécanisme de protection, la projection qui est devenue obsolète. Une femme guide est là (son envie de vérité sur elle-même et son intelligence) pour faire visiter les tours et les détours de sa problématique et de ses évitements.
     Les deux amies symbolisent l'inefficacité du refuge dans la compagnie.
    Le rêve montre l'inefficacité des tentatives de fuite, donc d'évitement. Mais il montre aussi la prise de conscience progressive par la rêveuse de ses comportements traumatiques.
   Le rêve a eu lieu le lendemain matin d'une entrevue houleuse avec son compagnon. Une crise mimétique durant laquelle chacun s'est renvoyé la responsabilité de sa propre difficulté à se dire dans la relation. Celle-ci étant de fraîche date, la rêveuse craint de l'avoir compromise. L'état émotionnel de la rêveuse a précipité ce rêve.

____________________


Avril- - - - - Rêve de graine 

(par un homme de 57 ans en analyse depuis quelques années)

   Hier soir, j'ai posé une question à mon inconscient juste avant de m'endormir : "J'ai fait tout ce que j'ai pu pour ma tâche et ça n'avance pas. Qu'est-ce que tu veux pour moi ?"
    Voici la réponse dans mon rêve de ce matin. "Je suis avec d'autres dans une salle d'attente et je mange un haricot sec que j'ai longtemps ramolli dans ma bouche. Puis une femme psy arrive et me dit : "On s'occuppe de vous tout-de-suite car vous êtes une personne exceptionnelle !" Je réponds :"Prenez votre temps."
     Ce rêve me préoccuppe une partie de la matinée et voici ce que j'en ai compris :" Ma Tâche, j'en ai le pressentiment depuis longtemps (temps de ramollisement de la graine de haricot sec qui est mon potentiel à faire germer puis à faire croître une fois la chose digérée et assimilée). Le rêve me montre que j'ai bien compris la manière de faire. Sauf que quelque chose se met en travers... 
    Je suis bien prêt à mettre en oeuvre cette tâche de psy que symbolise mon anima-psy dans le rêve mais à y regarder de plus près, l'anima me flatte par ses propos "vous êtes une personne exceptionnelle..." En répondant "prenez votre temps" je m'aperçois que je prête le flan à cette âme pour qu'elle prenne son temps, qui peut-être infini pour ne pas qu'elle me conduise à ma Tâche. 
    En fait, j'attends qu'on me reconnaisse comme psy avant d'exercer cette tâche car j'ai peur de m'affirmer comme tel aux yeux du monde. Ce rêve me montre comment, inconsciemment, je suis dans une manoeuvre d'évitement.

   Je n'ai pas eu besoin d'interpréter ce rêve. Cet homme sait le faire. La réponse du rêve à sa question est claire. Il s'est vu dans la manoeuvre d'évitement qui consiste à rester demandeur que l'extérieur réponde à son attente au lieu de s'y engager de manière personnelle même si ça lui fait peur, peur de déranger l'ordre établi. 

____________________


Mars 2019 - Rêve de sac-à-main

(par une une femme de 69 ans)

    Cette nuit, j'ai rêvé de sacs. J'hésitais à acheter un petit sac (genre mini besace) jaune de deuxieme main à 300 euros et un autre presque le même mais tout neuf, jaune aussi, avec de jolis motifs, style un peu hippie-aborigene-amérindien, plutôt noirs mais à 600 euros. Je demandais conseil à une amie plutôt snob et radine. Elle me deconseillait le premier en trop mauvais état et mal agencé. Finalement, je n'achetais rien, de toute facon, trop cher l'un comme l'autre. Serais-je devenue sage ?

   Le sac à main d'une femme porte son identité la plus intime, son individualité. La couleur jaune évoque le soleil et son rayonnement. Un sac jaune parle du rayonnement d'une personnalité féminine.
    Le sac de deuxième main représente la personnalité déjà connue de la rêveuse, celle qu'elle incarne habituellement.
    Le sac avec de jolis dessins représente la personnalité potentielle de la rêveuse plus poétique, plus spontanée et belle, proche de sa vraie nature.
   Le mot cher évoque un coût, donc un effort pour développer sa personnalité la plus riche, mais aussi la plus chère (chérie), la plus aimée des dieux.
    Dans le choix proposé par le rêve, la personnalité habituelle et trop bien connue de deuxième main, est d'emblée à écarter car le maintien de cette personnalité côutera trop cher à la réveuse. 
   L'ancienne copine, la rêveuse la juge snob et radine. Snob, ce personnage n'aurait jamais conseillé l'occasion. Radine, elle l'aurait trouvé trop cher pour une occasion et n'aurait pas pris celui à 600 euros aux jolis motifs bien trop cher.
   Ce personnage représente son propre comportement qu'elle projète inconsciemment sur la copine pour mettre à bonne distance d'elle-même ces deux comportements qu'elle déteste.
   C'est par crainte de passer pour snob qu'elle ne choisit pas d'arborer cette nature intime et naturelle proche des hippies et des amérindiens qui va lui demander un effort (le dépassement de sa propre histoire coûte cher). C'est par crainte de passer pour radine qu'elle ne choisit pas le sac d'occasion.
   Le fait de ne rien choisir de la proposition du rêve la fait rester inconsciente d'elle-même. Elle aurait pu choisir en conscience une personnalité déjà connue, pas en très bon état, ce qui aurait été un moindre mal. La tentative de l'insconcient, (le Soi ou l'Ange, selon les croyances) est restée vaine.
   Le scénario du rêve invite donc la rêveuse à choisir l'individualité la plus chère dans tous les sens du terme. Elle lui montre aussi par sa projection sur la femme radine comment  elle se dérobe à sa Tâche.
   La réflexion de la réveuse au sortir de son rêve, serais-je devenue sage ?, montre sa totale incompréhension de sa situation psychique présente. Car la sagesse ici évoquée n'est qu'une sagesse enfantine du genre sois sage et tais-toi, une manoeuvre d'évitement pour ne pas avoir à affronter ce que la vie lui demande.

  Pour éviter de passer à côté d'une bonne interprètation, il faut se dire que c'est rarement à une conservation d'un comportement ancien que nous sommes conviés, mais plutôt à l'audace d'un comportement nouveau, jamais encore vécu ou pas encore pleinement vécu.

____________________



____________________


l'écoute